12.06.2007

Henning Mankell - Afrique

Henning Mankell est un auteur étrange. Un peu « attrape-moi si tu peux »….

A la lecture récente de quatre de ses romans, je ne réussis pas à cerner son écriture. Chez certains auteurs on retrouve un style, dans la forme ou le fond… Chez Mankell, à part quelques points que je développerai plus loin, je ne m’y retrouve pas. Pour autant, son écriture ne me déplaît pas et je reste marquée par ses histoires.

Ce qui est en premier lieu déroutant est d’avoir l’impression d’avoir à faire à deux personnes complètement différentes. Le Mankell, auteur de romans policiers et le Henning, père de fictions plus classiques.

 

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Je suis tombée un peu par hasard sur « Comedia Infantil ». Ce roman m’a beaucoup touchée et émue. On accompagne un enfant des rues dans un pays d’Afrique ravagé par la guerre et les dictatures. L’histoire est empreinte d’un réalisme éprouvant mais connaît aussi des passages poétiques très à propos qui illustrent en finesse le chemin intérieur d’éveil et de maturité que prend l’enfant.

Je trouve la quatrième de couverture bien écrite et très inspirée (ce qui n’est pas souvent le cas) :

« Le ciel était dégagé après les violentes pluies et la lune était pleine le soir où je posai Nelio sur le matelas sale. Là où à l’aube, neuf jours plus tard, il allait mourir. » Une nuit, dans une ville africaine, un homme est assis sur le toit d’un théâtre et contemple la ville à ses pieds. Il se remémore l’histoire que Nelio, l’enfant des rues, lui a confiée au cours des neuf nuits qui lui restaient à vivre. Qui est cet enfant âgé de dix ans qui détient déjà toute la sagesse d’un vieil homme? Pourquoi a-t-on voulu le tuer? La guerre civile fait rage. Nelio est le seul rescapé de la mise à sac de son village. Après une période d’errance, il finit par gagner la grande ville et il rejoint un groupe d’enfants des rues avec lesquels il affronte la misère, la faim, l’intolérance. Face à la barbarie, Nelio oppose la poésie et la générosité et se laisse guider par l’imaginaire.

Mankell parvient à décrire l’Afrique et ce pays avec beaucoup de force. Réussir à ce point à faire un amalgame brillant entre lyrisme et réalité est rare.

 

Ebranlée et remuée par cette première incursion dans le monde de Mankell, j’ai voulu y replonger en achetant un autre de ses « romans africains ».

Malheureusement, avec « Le Fils du vent », l’alchimie n’a pas fonctionné pour moi de nouveau.

Cette fois, on se retrouve au début du XXème siècle, en compagnie d’un jeune suèdois qui, un peu perdu dans sa vie, part en Afrique du Sud pour découvrir de nouvelles espèces d’insectes. Il reviendra avec un nouveau papillon mais ramènera surtout avec lui un jeune garçon trouvé dans le désert. De retour en Suède, on suit ses errances, pauvre hère qui se débat transbahuté entre conférences pseudo-scientifiques dans lesquelles on le montre à la population effrayée et mauvaise conscience de son père adoptif qui l’abandonnera finalement à la campagne.

L’histoire est passionnante. On sait que de telles destinées ont existé (voir « La Vénus Hottentote »). Toutefois, malgré une qualité certaine, cette histoire ne m’a pas autant émue que « Comedia Infantil ». J’y ai trouvé moins de force dans l’écriture.

 

Une prochaine fois, je m’attaquerai à ses écrits policiers, qui m’ont plutôt déroutée…

09.05.2007

Un Tueur sur la Route - James Ellroy

C’est le premier James Ellroy auquel je m’attaque. Jusqu’ici ce nom sonnait à mes oreilles… vous savez… quand on se dit « Ah oui, c’est un grand, lui… qu’est-ce qu’il a fait déjà ?... Tiens je sais pas en fait… "Le Dalhia Noir" ah oui, c’est lui… Et bien, il serait temps de s’y mettre ! » Alors voilà, c’est fait. Je m’y suis mise. Et je suis bien partie pour enchainer ses autres titres, prometteurs de nuits de lectures bien sombres : "American Tabloid", "American Death Trip", "LA Confidential", "Brown’s Requiem"…

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"Un Tueur sur la route" est un livre froid, glacial, sans pitié. On en ressort frigorifié, comme si le souffle passager du givre avait endolori notre corps tout entier.

On reste figé en lisant le récit de Martin Plunkett - le narrateur. Statufié comme le lapin dans les phares de la décapotable qui fonce sur lui une nuit sur une route de campagne.

Martin Plunkett, est un jeune Californien, beau gosse bien bâti qui semble élevé au lait-cookies préparés par maman au retour de l’école… Or, plutôt que de jouer dans l’équipe de football de la fac et de choisir ensuite de se ranger avec maison, femme et enfants, Martin, lui, a préféré adopter la vie de Super Saigneur…

Super Saigneur, c’est le héros des comics de son enfance. Une sorte de Captain America un peu kitch et version bad boy, qui aime bien le sang, le sexe, le sang et le sexe…

Super Saigneur est celui qui permet à Martin d’échapper à sa folie intérieure, celle qui le rend malade et le tourmente. En se faisant connaitre à la face du monde comme Super Saigneur, Martin croit qu’il va se trouver et se sentir mieux. Oublier des traumas d’enfance (surtout un) et une homosexualité refoulée. Un peu plus tard dans le roman, c’est le sergent Ross-la-belle-moustache qui prendra le relais de mentor… (un grand moment que celle de la rencontre impromptue de deux serial-killers... voir leurs réactions lorsqu'ils se découvrent et le culte qu'ils se vouent ensuite est fantastique...)

 

L’écriture alterne entre confession du tueur depuis sa prison, articles de journaux, rapports de police et extraits du journal intime d’un flic du FBI.

Ce mode est intéressant. Il insuffle beaucoup de véracité au récit. Puis, c’est très jouissif aussi comme position pour le lecteur, Ellroy est un malin… Avec ce choix d’écriture, on se sent « supérieur », du côté de Plunkett, quand on lit les articles.

Toutefois, rapidement, « être du côté » de Plunkett n’a plus rien d’agréable. On ne le comprend pas. On sait ce qu’il pense, pourquoi il tue ou plutôt massacre les gens, mais en même temps il m’a semblé qu’il restait totalement hermétique. Je n’ai pas réussi à comprendre POURQUOI… Plunkett est un personnage qui reste sombre et à la logique nébuleuse. On soupçonne un ou plusieurs traumatismes d’enfance, un problème d’identité sexuelle, une volonté de se trouver en tant que personne, une défaillance psychique (avec l’exemple des petits films intérieurs qui occupent tout son temps d’enfance et d’adolescence)…

Mais le fond de sa personne nous échappe toujours malgré tout…

Il me reste de cette lecture une impression très désagréable.

L’histoire est glauque et violente. Le personnage principal haïssable au possible.

 

Et pourtant…

Et pourtant, il me restera de très nombreuses images de ce récit et pendant longtemps je pense. Là est le tour de force de l’auteur. Nous embarquer avec lui dans la « Mortmobile » de Plunkett, nous le faire le détester, nous donner parfois envie de jeter le bouquin, nous montrer notre impuissance face à certaines choses de la vie…

Et pourtant, à la fin, on redemande du Ellroy.